Non, les paysages d’hiver ne sont pas synonymes de désolation ! Si vous en doutez, plongez-vous dans ce sublime ouvrage du paysagiste et photographe botaniste Cédric Pollet. La magie des couleurs est au rendez-vous avec ces sublimes jardins d’hiver !

Très prisés en Angleterre, les jardins d’hiver font l’objet de visites attendues avec impatience par les passionnés. Si l’engouement pour ces réalisations a vraiment démarré outre-Manche dans les années 1980, les prémices sont bien plus lointaines : on se rappelle le succès des jardins couverts, des serres exotiques à la fin du xixe siècle. Cependant, il faut attendre les années 1950 pour que les spécialistes commencent à s’intéresser à la coloration hivernale, pour des réalisations alors extérieures.
En France, le courant est moins développé, mais il existe et a eu son lot de précurseurs, comme le célèbre pépiniériste Jean-Pierre Hennebelle.

En 2007, en visitant le jardin du Bois Marquis dessiné par Christian Peyron, situé en Isère, Cédric Pollet découvre particulièrement cette typologie de jardins : devant les massifs enflammés des érables à peau de serpent, il se met au défi de rassembler des scènes hivernales splendides et de livrer les ressources de leur palette végétale.
Passionné par les arbres, le paysagiste-photographe a déjà à son actif deux ouvrages sur les écorces, qui font le bonheur autant des amateurs de photos que des amoureux de la nature. Ce dernier projet tout juste édité vient naturellement clore la trilogie.

Dans ce livre, il fait la part belle à une vingtaine de jardins d’exception qu’il a sillonnés lors de ses longues années de recherche. Le lecteur parcourt avec délice des compositions très contemporaines dans un esprit graphique. Ici, le givre détoure les détails, là, les tiges sans feuillage éclatent dans les contrastes de couleurs et les troncs brillants semblent spécialement apprêtés.

Ces jardins d’hiver déclinent des variations de rouges, de bruns, de dorés, que n’auraient pas reniées les grands peintres. Au fil des pages, avec étonnement, on apprend que, finalement, ces paysages spectaculaires ne requièrent pas une mise en scène complexe.

Cédric Pollet termine d’ailleurs son livre en conseillant les espèces que vous pourriez mettre dans vos jardins d’hiver. C’est la simplicité de son approche, de son regard, présente en filigrane, qui fait aussi la force de cet ouvrage, l’idée que cette beauté est totalement accessible. Le paysagiste nous en parle avec passion : « Il n’est pas nécessaire de multiplier les espèces pour avoir un effet visuel intense, la répétition de quelques massifs suffit à satisfaire l’œil et à ce qu’ils restent spectaculaires. »

Si, lorsqu’on évoque un habillage d’hiver, on pense au feuillage des persistants, Cédric Pollet a souhaité mettre en avant les écorces et retient essentiellement trois genres décoratifs : le bouleau (Betula), l’érable (Acer) et le cerisier (Prunus). Il nous précise ainsi : « Ce sont les floraisons de cerisiers et de magnolias qui conduiront vers le printemps. »
À défaut d’écorce colorée, il souligne néanmoins que « la seule façon d’enchanter l’hiver » est bien de rechercher un équilibre entre caducs et persistants, de penser à l’effet visuel du givre sur les tailles en nuage, aux couleurs des couvre-sol (comme le cuivre des Microbiota decussata) et des tapis de bruyère…

Avec subtilité, le paysagiste place également dans son ouvrage quelques photos d’autres saisons, pour montrer qu’on peut concevoir un jardin de façon qu’il flamboie l’hiver… tout en restant magnifique toute l’année.
« Jardins d’hiver, une saison réinventée », Cédric Pollet, éditions Ulmer, 224 pages, 480 photos, 39,90 €

